"Amis lecteurs, improbables lecteurs, prenez le temps de lire ces quelques lignes..."
 Un homme a parlé | Hier, un homme a parlé. Il a osé Décrire et dénoncer Ce que les autres, par peur ou servitude, Intérêts ou habitudes, Essayent d'occulter.
Hier, un homme a parlé ; Plus précisément, il a hurlé. Qu'a-t-il dit ? Des vérités ou des mensonges ? Des réalités ou des songes ? Il a juste narré des tranches de vies.
Hier, un homme a parlé. En brisant le silence, il a tenu à ne rien cacher. Sans tabous, débarrassé de tout censeur, Affranchi des interdits, il s'est libéré. Prenant soin de ne rien oublier, Il a révélé tout ce qu'il avait sur le cœur.
Hier, un homme a parlé Du roi et de la liberté. Il a dit qu'un pays Où les journaux sont mis au pilon Et les libres-penseurs envoyés en prison Etait tout sauf une démocratie.
Hier, un homme a parlé, Mais personne n'a semblé l'écouter. Conteur sans auditoire, Oiseau refusant de vivre dans une cage, Marin sans port d'attache, voyageur sans bagages, Il a largué les amarres.
Aujourd'hui, cet homme est sorti des mémoires. Toutefois, quelques avertis - bien que rares - S'entêtent à tendre les oreilles et, à force de patience, Réussissent parfois à entendre Sa voix et à comprendre Ses paroles et ses histoires ; instantanés virtuels de leur existence.
Aujourd'hui comme hier, Aujourd'hui plus qu'hier Le silence et la servitude L'ignorance et la turpitude Ne s'imposent qu'à ceux Qui le veulent… bon gré, malgré eux.
© Youssef Jebri, août 2009. | |
|  Fait-divers casablancais | "La Princesse souhaite aller déjeuner à Casablanca. Il faut sécuriser tout le parcours sur-le-champ ! Je ne veux voir aucun véhicule sur le passage. Transmettez les instructions. Allez. Exécution !" Une fois l'ordre lancé, une seule chose compte : la sortie de la princesse doit bien se passer. Au même moment, à 12h35, Saïd, comptable dans une société d'import-export de produits alimentaires, sort de son travail. (....) | |
|  Mon ami | Taoufik, mon ami, Je te salue. Nous nous sommes perdus de vue, Chacun menant sa vie.
Qu'es-tu devenu Depuis la dernière fois Que nous nous sommes vus ? C'était il y a dix ans déjà.
Sans te prévenir, j'ai pris un autre chemin. Du jour au lendemain, Je n'ai plus répondu à tes appels ; Je ne t'ai plus donné de mes nouvelles.
J'imagine que tu m'as écrit. Ayant quitté le pays, Tes lettres te sont certainement revenues Avec la mention : " le destinataire n'habite plus cette rue. "
J'ai fui le Maroc, Taoufik ! Je ne pouvais plus vivre dans ce pays de fanatiques. Je ne supportais plus de dire que tout va bien. Je n'étais plus capable, pour survivre, de baiser les mains.
J'aimerais tant pouvoir Te dire que je ne t'ai pas oublié, Qu'il ne faut pas m'en vouloir De t'avoir quitté.
À maintes reprises, j'ai voulu Te contacter, tenter de te retrouver ; Mais j'ai eu peur que le pays ne t'ait changé, Que tu ne sois plus l'ami que j'ai connu.
J'ai souvent pensé à toi. Aujourd'hui encore, je me remémore ta voix. Tu occupes parfois mes pensées Et tu t'immisces souvent dans mes rêves agités.
Dans mes songes, tu demeures silencieux Aucune parole, aucun geste, tu te contentes de me regarder. Tes yeux tristes portent le deuil de notre amitié. Te voir ainsi me rend honteux.
Mes mots aujourd'hui Sont probablement écrits sous l'effet de la nostalgie. As-tu changé Taoufik ? Moi, j'ai grandi. Le temps passant, je vieillis.
Te reconnaîtrai-je si nous nous rencontrions ? Notre amitié a-t-elle résisté A tant d'années de séparation ? Taoufik ! Sache que je ne t'ai pas oublié.
© Youssef Jebri, mars 2007.
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