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Le manuscrit d'Hicham à la radio

Islam en France

Le constat fait lors de mes années estudiantines en France.

Cette colère qui devient révolte

« À ce jour, nous sommes rien. Mais, au vrai, nous sommes tout ».
Abbé Sieyès (1748-1836)


Pourquoi des hommes et des femmes, plus ou moins jeunes, plus ou moins vieux, de toutes conditions sociales, de diverses confessions, descendent massivement dans la rue et avec l’adhésion de la majorité de l’opinion publique ?
C’est que la colère gronde dans les cœurs depuis longtemps, trop longtemps.
Depuis la chute du mur de Berlin en 1989 et la dislocation du bloc communiste, des hommes et des femmes prétendent qu’il n’existe qu’un seul modèle de société, celui fondé sur le libéralisme économique. Consommez, faites du business, mais surtout pas de politique. Et si jamais, vous faites la bêtise de vous y intéresser, nous saurons vous faire rentrer dans les rangs.
Je ne reconnais plus cette France qui m’a tant fait rêvé durant mon enfance et nourri mes utopies de l’adolescence. Marianne tenant le drapeau de la liberté n’est plus qu’un simple tableau, une image d’Épinal presque. Car depuis fort longtemps, la France nous livre au quotidien, une toute autre réalité.
Au pays de l’abbé Pierre et sœurs Theresa et Emmanuelle, on ne compte plus les sans-abris, les sans domicile fixe, les sans-logis et les sans-emploi, preuve de l’avancée de la précarité. Un chômeur n’est plus qu’une statistique économique, au mieux un enjeu électoral.
Tant pis, si plus d’un million de Français vit en dessous du seuil de pauvreté ! Un Français sur sept ne dispose que d’un euro, et parfois moins, par jour, soit trois cents euros par mois, pour vivre.
Non ! Pour tenter de survivre !

Dans le monde du travail, les stratégies économiques des entreprises passent par une recherche permanente de davantage de flexibilité de l’emploi ; par une quête constante de la réduction des coûts, de la rentabilité et des gains de productivité. La recherche de la compétence et de la qualité du service fourni ou du bien produit est, depuis bien longtemps, reléguée au second plan.
Convaincu que son intérêt et celui de sa société ne peuvent qu’être opposés à ceux de ses employés, le patron est plein de soupçons envers ses salariés qu’il maintient sous pression, non loin de la compression. Les conditions de travail se détériorent. Le stress, les dépressions et les harcèlements en tout genre subis par des employés ne font pas que la une des journaux et des magazines. Il s’agit d’une réalité française, de plus en plus douloureuse. Des salariés se suicident à cause de leur travail.
Au pays des cinq semaines de congés payés, des trente-cinq heures et des RTT, la protection sociale est désormais menacée, le droit du travail attaqué, critiqué et, plus que jamais, présenté comme le principal obstacle à l’amélioration de la compétitivité de la productivité.

Le pays de Jaurès, Zola, De Gaulle et Mendés France est devenu celui des logements et des emplois fictifs, des abus de biens sociaux et des trafics d’influence. En France, des hommes politiques de tous bords trompent dans des scandales financiers. Ai-je besoin de vous faire une liste. De toutes les façons, elle ne pourra être qu’incomplète.
Des ministres occupent des habitations à loyer modéré tandis que des employés mal-payés, en situation de précarité, peinent à trouver un logement. Certains sont même contraints de dormir dehors.
Au pays des droits de l’Homme, des individus usent de leur immunité pour éviter de rendre des comptes à la justice. Pendant ce temps, des journalistes sont licenciés pour avoir écrit des articles sur le chef de l’État ou des hommes influents.
Pour le pouvoir en place tous les moyens sont bons : loi travail rétrograde, suppression de l’impôt sur les fortunes, état d’urgence dilué dans le droit commun, réfugiés traités comme des moins que rien, pire que des chiens, des individus humiliés, une police qui surveille et non qui veille sur les citoyens, des manifestants pacifistes matraqués, etc.


Je ne peux m’empêcher de crier : « Liberté, Égalité, Fraternité, où êtes vous allées ? S’il vous plait revenez ! Vous avez laissé derrière vous des millions de citoyens orphelins. Sans vous, je l’avoue, la France est en danger. »

© Youssef Jebri.

Croyance(s)

Dis : « Je cherche protection auprès du Seigneur des hommes. Le souverain des hommes,
Dieu des hommes,
Contre le mal du mauvais conseiller, furtif,
Qui souffle la haine dans les poitrines des Hommes;
Qu’il [le conseiller] soit un djinn ou un être humain
. »
Le Coran, sourate An-nãs (les Hommes)
 
La nuit de Jawad fut mouvementée. À deux reprises, il se réveilla en sursaut, le corps en sueur. Chaque fois, les yeux écarquillés, à demi- conscient, surpris de se retrouver assis à même le sol, au pied de son lit, il éprouva les plus grandes difficultés à recouvrir le sommeil.
Depuis l’âge de sept ans, Jawad souffre de somnambulisme. Ses parents, L’ha’j et L’ha’ja – il se plait à les appeler de cette manière depuis leur premier pèlerinage à La Mecque, il y a dix ans – l’ont emmené consulter différents médecins, d’éminents spécialistes des maladies du sommeil. Les crises se sont espacées mais sans pour autant complètement disparaître.
Lors des vacances d’été passées au Maroc, convaincue que Iblis était à l’origine du mal qui le touchait, sa mère le forçait à se rendre chez des fq’ha* pour subir des séances d’exorcisme. Aujourd’hui encore, Jawad se remémore, avec précision, sa dernière visite chez un de ces guérisseurs. C’était il y a cinq ans ; il venait de fêter ses dix-huit ans. [Lire la suite]

* Fq’ha, pluriel de fqih, hommes de religion capables, selon la tradition musulmane, de protéger du mauvais œil et pour certains dotés de pouvoirs magiques.

Femmes d'ici et d'ailleurs

Très tôt dans mon existence, j’ai compris la chance que j’ai eue à la naissance de venir au monde avec un pénis et non un vagin. En effet, dès l’enfance, j’ai pris conscience qu’en dépit de mon âge, mon statut de mâle en devenir me conférait des droits auxquels aucune femme ne pouvait prétendre. Bien avant l’adolescence, ce statut m’exemptait déjà de certains devoirs et obligations – les plus contraignants et fastidieux – qui incombent exclusivement aux femmes et aux filles, quel que soit leur âge.
Né au Maroc, au début des années 1970, j’ai évolué dans une de ces sociétés où les hommes – adultes, adolescents et enfants – ne dressent pas la table et ne la débarrassent pas après le repas. Il s’agit là de tâches dévolues aux femmes qui, dès leurs premiers pas dans la vie, encore petites filles, sont éduquées et formées à nettoyer et laver, à servir et obéir aux hommes ; hier le père, le frère, l’oncle et le cousin, demain le mari, sans oublier Allah et tous ses prophètes, Muhammad en tête, tous des hommes. [Lire la suite]

Le manuscrit d'Hicham, destinées marocaines lu sur France 2