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D'une rive à l'autre Un chemin vers la liberté | | Officiellement, rien ni personne ne m'interdit de me rendre au Maroc. Dans mon pays de naissance, je ne fais - à ma connaissance - l'objet d'aucune poursuite judiciaire et ne suis sous le coup d'aucune condamnation. Pourtant, par précaution, je n'y retourne pas. Car à tout moment, je pourrais à cause de mes écrits, notamment celui-ci, être inculpé pour " insultes au roi ", " atteinte à l'islam " ou encore " troubles de l'ordre public " et, peut-être même, " atteinte à la sécurité de l'État ". Rien que ça ![...] | |
|  Qui peut ? | Qui peut dire : " Je n'ai pas d'envies inassouvies " ? Qui peut dire : " Je n'ai pas de soucis " ? Le temps de rien. Présent et avenir harnachés à des promesses rarement tenues et des rêves que l'on caresse uniquement les yeux fermés, jamais éveillé. Vies bâties sur des espoirs trop souvent déçus et des illusions immanquablement perdues. (...) | |
|  Du soleil et des hommes | Là, émeutes de la faim. Ici, régimes amincissants et luttes contre l'obésité. A chacun ses préoccupations. Pendant que là une majorité milite - à juste titre - pour une nutrition équilibrée, plus variée, moins sucrée et pour une alimentation bio, certifiée 100 % sans OGM, au même moment, ailleurs, d'autres personnes défilent en criant : " famine ! " Les ventres et les poches vides, mais néanmoins lucides, elles hurlent leur colère, leur ras le bol de la misère et dénoncent, à voix haute cette fois-ci, la gabegie, la corruption, la négligence et l'incompétence des hommes qui dirigent, ou plus certainement, pillent le pays depuis des décennies. (...)
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|  Années de plomb ou temps présent | Cet homme frappé par des hommes armés n'est ni un criminel ni un danger public. Pourtant, depuis son arrestation, les coups s'enchaînent. Confronté à ses geôliers, il découvre la cruauté humaine. Il passe la main sur son visage : il saigne ! Horrifié par la vue de son propre sang sur ses mains, il vacille, perd l'équilibre et la notion du temps. « Suis-je là depuis longtemps ? Suis-je entrain de rêver ? » Pour se rassurer, il se dit : « Demain, tout ceci sera loin. »
En attendant, ses bourreaux poursuivent leur boulot. Sans pitié, ils continuent de le frapper. Pour tenter de mieux encaisser les coups, il se met à genoux. Ce changement de position ne fait guère longtemps diversion. Les gardiens cognent de plus en plus fort. Notre homme ne sent plus son corps. Un coup de barre de fer bien placé finit par le terrasser. Ses hurlements se transforment en râles d'outre-tombe. Quelques secondes plus tard, l'homme succombe.
Ce récit est-il inspiré du passé, du temps des années de plomb ou s'agit-il d'une histoire du temps présent ? Pour ceux qui hésitent encore, un exemple en guise de rappel, un appel à la libération immédiate et sans condition de Fouad Mourtada.(1)
Pris en flagrant délit virtuel, Fouad s'est fait rattraper par le réel. S'il n'est pas mort – pas encore ? – sa réalité est devenue un cauchemar, ce genre d'histoire que les optimistes, bien trop souvent opportunistes, tentent de nous vendre comme appartenant au passé.
Alors à tous ceux qui osent prétendre que le Maroc a changé d'époque et que désormais la dignité humaine y est respectée, je voudrais dire : Vous vous trompez ou alors vous nous mentez ! Dans les deux cas, dans les faits, rien n'a changé !
(1) Fouad Mourtada a été libéré le 18 mars 2008 sur grâce royale.
Copyright © Youssef Jebri, février 2008. | |
|  Lettre à la république | | En décidant de quitter mon pays, le Maroc, pour venir vivre en France, je m'étais préparé à rencontrer le racisme. J'étais convaincu que j'allais à mon tour devoir l'affronter. Je dois même avouer que je redoutais d'y être confronté. J'appréhendais les manifestations matérialisant ce sentiment de haine. Pour moi, le racisme s'exprimait nécessairement avec des mots, des paroles, des gestes et des actions clairement identifiés. Je m'attendais donc à des attaques directes, des insultes et autres bassesses physiques et verbales. (...) | |
|  Certifié 100% sans b'ssalate (1) | Monsieur le ministre l'a dit : « Pas de b'ssalate ici ! Uniquement des Oui, Sidi Doivent retentir dans tout le pays.»
Pour ne pas tomber sous le coup de la loi, Nous devons éviter les sujets qui divisent Ceux qui touchent à Allah, à la patrie et au Roi, Et qui composent notre devise.
Nous devons oublier que pour un papier, Les journalistes finissent en prison Pendant que des hauts dirigeants s'enrichissent en toute impunité Grâce à la corruption.
Les bustes courbés, les têtes inclinées, Les yeux rivés au sol, ils patientent. Combien de temps va durer leur attente ? Le voilà qui apparaît ! Tour à tour, ils se présentent à lui pour le saluer. De rares personnes se contentent d'une main serrée. Ils s'appliquent presque tous à délivrer Un baise-main, signe de soumission. Le font-ils par peur ou par conviction ? Qu'importe, ils oublient probablement Qu'un Homme, reste un individu Qui finira tout nu, Tout seul, au fond de son cercueil, Ou poudre dans une urne. Qu'il soit roi ou homme de loi, Prophète ou poète, Sage ou brigand, Noir ou Blanc, Musulman ou non-croyant, Riche ou pauvre, Laid ou beau... Ils ne savent peut-être pas que tous les corps, une fois morts, Se retrouvent égaux.
(1) le manque de respect
Copyright © Youssef Jebri, août 2007. | |
|  Etre une femme au Maroc en 2007 | | Une femme pose les deux genoux parterre. Que fait-elle ? Entame-t-elle une prière ou se prépare-t-elle à passer la serpillière ? Elle tend ses bras vers l'avant, cherchant à atteindre une ligne blanche tracée sur le sol. Elle plaque ses deux mains sur la marque, cale ses deux pieds dans les starting-blocks et, prenant appui au sol grâce à ses mains, relève les fesses. (...) | |
|  Le Maroc change | | « Le Maroc change ! » Depuis quelque temps, cette formule qui ressemble étrangement à un slogan de campagne électorale est sur toutes les lèvres. Le gouvernement et les autorités du pays l'utilisent sans cesse. Selon eux, grâce à l'avènement du nouveau millénaire et le changement de monarque, le Maroc serait entré de plein pied dans la modernité. Les experts internationaux usent également sans modération de cette affirmation. Chaque fois qu'ils sont interrogés, ils n'hésitent pas à déclarer que le progrès répand désormais ses bienfaits sur l'ensemble du pays. Dès lors, l'information se propage dans toutes les rédactions. Repris avec empressement par la presse et les médias, relayé et diffusé à toute la planète via Internet, ce slogan est en passe de devenir une vérité absolue. (...) | |
|  Fuir ou mourir | Longtemps présenté comme un havre de paix, Le Maroc vit désormais Dans la peur des attentats Perpétrés au nom d'Allah.
C'en est fini de l'époque Où l'on qualifiait le Maroc De pays sans risque terroriste Ni menace islamiste.
Bien sûr que la misère, Le chômage, l'absence de foi en l'avenir Et une vie sur terre qui s'apparente à un enfer Poussent certains à se porter candidats au martyr.
Forts de leur foi, Ils franchissent le pas. L'abdomen sanglé de TNT, Ils blessent, tuent et meurent en se faisant exploser.
Mais ceux-là oublient Que la vie n'a pas de prix Et que si dieu existe, Il réprouve probablement les actes nihilistes.
Les kamikazes ne sont pas les seuls à se suicider Pour signifier leur rejet de cette société Qui demeure toujours favorable aux riches et aux forts. De nombreux autres Marocains se donnent la mort.
Des diplômés chômeurs s'immolent, Pendant que quelques-uns Qui refusent que leurs rêves ne s'envolent, Entament des grèves de la faim.
Chaque année des milliers de Marocains, Jeunes, vieux, hommes, femmes, sans distinction, Espérant vivre de meilleurs lendemains, Tentent le pari risqué de l'émigration.
Avec ou sans visa, ils fuient le pays, Rien ne peut les arrêter, pas même les barbelés et la Méditerranée. Illusoire moyen de réussir dans la vie, Un Marocain sur dix réside à l'étranger. Sont-ils heureux dans leur nouvelle vie ?
Lorsqu'ils croient être arrivés à bon port, Leurs espoirs s'évaporent. Ils deviennent nostalgiques à force de penser au pays.
Le racisme et la solitude de l'exil Mettent en péril Leurs aspirations à un nouveau départ. Ils sont partis mais ne sont arrivés nulle part.
Kamikaze ou clandestin, Choisis ton chemin ?! Tu veux rester là, alors contente-toi De ce que tu as et tais-toi !
Copyright © Youssef Jebri, avril 2007 | |
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| Copyright (C) 2007-2008 Youssef Jebri. Tous droits réservés. |  | |
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