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Haut de pageMusulmane(s), musulman(s) (janvier 2010) Cliquez ici pour accéder au texte au format PDF Bien que je le trouve malsain par certains de ses aspects – quel est, notamment, le dessein de ceux qui l’ont initié ? Comment certains osent-ils présenter l’interdiction de la burqa comme un moyen de lutter contre le terrorisme ? –, le débat, qui se déroule actuellement en France, au sujet du port du voile intégral a un mérite que je ne puis lui ôter. En effet, les diverses prises de positions affichées et les nombreuses opinions exprimées, ici et là, dans les médias, interpellent le musulman que je suis. Avant d’aller plus loin dans mon propos, je dois confesser qu’avant mon installation en France, à la fin des années 90, je ne connaissais pas le mot burqa que l’on présente, par trop souvent et à tort, comme étant l’habit réglementaire des femmes musulmanes. Pourtant, je suis né et j’ai grandi au Maroc, un pays où, depuis le VIIe siècle, l’islam est la religion officielle de l’État. Mes parents m’ont élevé et éduqué dans le respect de la tradition musulmane et des préceptes de la religion du Prophète. Petit, ils m’ont circoncis, non pas pour des raisons d’hygiène, mais pour faire de moi un croyant, un membre de la communauté des fidèles. Devenu adulte, je me déclare musulman. Toutefois, et bien que cette notion n’existe pas dans l’islam – on est musulman ou on ne l’est pas –, je me qualifie de croyant non-pratiquant. J’atteste qu’Allah est unique et que Mohammad est son Prophète mais n’accomplis pas les cinq prières quotidiennes et ne jeûne pas pendant le mois de ramadan . Je verse la zaqat , donne l’aumône, aux pauvres et aux nécessiteux – enfin, quand je peux –, mais n’envisage nullement, du moins à l’heure actuelle, de me rendre en pèlerinage à La Mecque. Ainsi des cinq piliers de l’islam, je suis en règle avec deux uniquement. Cependant, je ne mange que de la viande halal, et surtout jamais de porc. Mais ô ! Péchés suprêmes, j’apprécie les bons vieux whiskies, aime accompagner mes repas d’un verre de vin et ma vie sexuelle se déroule hors mariage. Suis-je le seul musulman à boire de l’alcool ? Suis-je le seul musulman à aimer sans vouloir pour autant me marier ? Suis-je le seul à considérer certains hadiths du Prophète obsolètes ? Suis-je le seul à trouver certaines des recommandations et des interdictions énoncées dans le Coran complètement surannées ? Sans hésitation, je réponds non. Au cours de mon enfance et mon adolescence, je n’ai jamais vu mes parents prier. Ma mère sortait sans se couvrir la tête et encore moins le visage. Maintenant, qu’elle est devenue une personne âgée, elle accomplit ses prières réglementaires. Faisant fi des conseils de son médecin, elle continue d’observer le jeûne pendant le mois sacré, verse la zaqat malgré ses faibles revenus et, effectuer le pèlerinage à La Mecque est devenu, depuis quelque temps, son unique rêve dans la vie. Musulmane de cœur, fervente et pratiquante, elle continue de sortir cheveux nus, sauf quand il pleut ou il vente. Elle ne s’est jamais sentie tenue de suivre cette fameuse recommandation que le Prophète aurait adressée aux musulmanes : « Dites aux croyantes de baisser leurs regards, de cacher leurs parties intimes et de ne donner à voir que leurs ornements extérieurs. » Mon père, quant à lui, n’a pas changé. Il se qualifie volontiers de fidèle, mais surtout, et avant tout, à lui-même. Il continue de boire et de fréquenter les bars, mais jamais les mosquées. Pourtant, le mois sacré arrivé, il s’abstient de consommer de l’alcool et observe le jeûne. D’autres personnes, bien qu’elles se déclarent musulmanes, ne jeûnent pas pendant le mois de ramadan. Seulement, je constate que peu nombreux sont ceux qui le disent ou le reconnaissent ; la plupart préfèrent nier les faits, criant à qui veut les entendre, qu’ils observent la plus stricte des abstinences. Pendant tout le mois de ramadan, du lever au coucher du soleil, ils se cachent pour manger et boire, simulent la faim et feignent la fatigue. Ceux qui fument veillent à leur haleine et à l’odeur de la cigarette qui risque de les trahir. Je constate également que certains musulmanes et musulmans accomplissent leurs prières et cela ne les empêche guère de boire une bière. À vrai dire, peu de mes coreligionnaires peuvent affirmer, en toute honnêteté, qu’ils sont en règle avec l’ensemble des recommandations et des lois de la foi musulmane. Car, et cela est une réalité qu’il faut cesser d’ignorer, seuls les fondamentalistes respectent, à la lettre, le Coran et les hadiths du Prophète. Il s’agit là, d’une minorité de la communauté des fidèles, du moins j’espère. Alors pourquoi beaucoup de musulmans – une majorité ? – persistent à considérer, en public, les règles de l’islam intangibles et, dans la pratique, en secret et dans l’intimité, à en enfreindre un certain nombre ? © Youssef Jebri, janvier 2010.
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Fuir ou mourir Longtemps présenté comme un havre de paix, Le Maroc vit désormais Dans la peur des attentats Perpétrés au nom d'Allah. C'en est fini de l'époque Où l'on qualifiait le Maroc De pays sans risque terroriste Ni menace islamiste. Bien sûr que la misère, Le chômage, l'absence de foi en l'avenir Et une vie sur terre qui s'apparente à un enfer Poussent certains à se porter candidats au martyre. Forts de leur foi, Ils franchissent le pas. L'abdomen sanglé de TNT, Ils blessent, tuent et meurent en se faisant exploser. Mais ceux-là oublient Que la vie n'a pas de prix Et que si dieu existe, Il réprouve probablement les actes nihilistes. Les kamikazes ne sont pas les seuls à se suicider. Pour signifier leur rejet de cette société Qui demeure toujours favorable aux riches et aux forts, De nombreux autres Marocains se donnent la mort. Des diplômés chômeurs s'immolent, Pendant que quelques-uns Qui refusent que leurs rêves ne s'envolent, Entament des grèves de la faim. Chaque année des milliers de Marocains, Jeunes, vieux, hommes, femmes, sans distinction, Espérant vivre de meilleurs lendemains, Tentent le pari risqué de l'émigration. Avec ou sans visa, ils fuient le pays, Rien ne peut les arrêter, Pas même les barbelés et la Méditerranée. Illusoire moyen de réussir dans la vie : Un Marocain sur dix réside à l'étranger. Sont-ils heureux dans leur nouvelle vie ? Lorsqu'ils croient être arrivés à bon port, Leurs espoirs s'évaporent. Ils deviennent nostalgiques à force de penser au pays. Le racisme et la solitude de l'exil Mettent en péril Leurs aspirations à un nouveau départ. Ils sont partis mais ne sont arrivés nulle part. Kamikaze ou clandestin, Choisis ton chemin ?! Tu veux rester là, alors contente-toi De ce que tu as et tais-toi. © Youssef Jebri, avril 2007.
Les VRP de la démocratie Pour continuer à vendre des avions à réacteurs Et du matériel de guerre aux dictateurs Les vendeurs, des VRP Venus de la Maison blanche ou de l'Élysée N'évoquent jamais, ou alors avec timidité, La situation des droits de l'Homme et des libertés. Il ne faut surtout pas aborder Les sujets qui fâchent, Qui compliquent la tâche, Qui rendent difficile la vente Et qui risquent d'entamer la bonne entente. « Prenons garde de ne pas brusquer M. Le dictateur. Il s'agit d'un bon acheteur. » La santé de l'économie du pays N'a pas de prix. Et tant pis, Si la démocratie Est tancée et priée de s'écarter Devant les intérêts Commerciaux et économiques. Voilà la réalité du discours diplomatique. © Youssef Jebri, juin 2008.
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