Haut de pageDu soleil et des hommes (juillet 2008)
Cliquez ici pour accéder au texte au format PDF Là, émeutes de la faim ; ici, régimes amincissants et luttes contre l'obésité. Chacun est plongé dans ses préoccupations, obnubilé par le quotidien et ses interrogations. Pendant que là une majorité milite – à juste titre ? – pour une nutrition équilibrée, plus variée, moins sucrée et pour une alimentation bio, certifiée 100 % sans OGM, au même moment, ailleurs, d'autres personnes défilent en criant : « Famine ! » Les ventres et les poches vides, mais néanmoins lucides, elles hurlent leur colère, leur ras le bol de la misère et dénoncent, à haute voix cette fois-ci, la gabegie, la corruption, la négligence et l'incompétence des hommes qui dirigent, ou plus certainement, pillent le pays depuis des décennies. Là, à la moindre éclaircie dans le ciel, au premier rayon de soleil qui parvient à percer l'épais manteau des nimbostratus, des hommes et des femmes envahissent les parcs et les squares. Ils s'empressent d'investir les rares espaces verts of-ferts par la ville. Tous veulent bronzer, obtenir un teint hâlé. Pour satisfaire ce hobby, qui tend à s'ériger en style de vie, on crée en milieu urbain, ici et là, loin des plages naturelles, des ersatz de mer que l'on installe, parfois au bord d'une rivière, le plus souvent au pied d'une tour, entre deux barres de fer. Il faut dire qu'ici, synonyme de vacances, le so-leil est devenu l'hymne de la détente, une ode au farniente, un bain de jouvence dans lequel on plonge sans réticences, mais non sans insouciance. Ecran total étalé avant chaque exposition aux rayons ultraviolets, lunettes de soleil pour protéger les rétines, climatisations installées dans les habitations, si ici le soleil est apprivoisé, on persiste à redouter ses méfaits et à se méfier de ces excès. En effet, la vigilance s'impose à quiconque ne veut pas se brûler la peau. Ici, on n'oublie pas non plus que le soleil peut se muer en un terrible pyromane. Elément clé du pro-cessus de photosynthèse, moteur infatigable pour donner la vie aux autres, le soleil s'emballe parfois, creusant les pierres tombales de tous ceux qu'il touche de ses rayons devenus, soudain, de redou-tables lance-flammes. Nonobstant ses coups de fureur dévastateurs et, à défaut d'être dompté à tout jamais, ici le soleil est en passe de devenir un ami depuis que – hausse du prix du pétrole oblige – les experts et les décideurs voient en lui une source d'énergie pour les décennies, voire les siècles à venir. Ailleurs, le soleil demeure un ennemi. Boxeur tendance puissant puncheur, il cogne, terrasse ses adversaires à coups de rayons brûlants. Présent dans le ciel, été comme hiver, rayonnant de mille feux, là-bas plus qu'ailleurs, il fait suffoquer les vieux, les enfants et même les bien-portants. Végétation, animaux, humains, tous égaux face à sa puissance ; tout le monde abdique ; nul ne lui résiste. Là-bas, ce même soleil qui, sous d'autres cieux, se montre généreux, clément et bienfaisant, ne sème que sécheresses et destructions des récoltes. Il décime le bétail et provoque l'avancée du désert. Pendant que là-bas on se meut dans une four-naise digne de la géhenne, ailleurs, il fait tellement froid que l'on oublierait presque le réchauffement climatique. Manteau, gabardine, anorak, parka, au choix, l'essentiel est de ne pas s'aventurer dans la rue sans se protéger du froid. Tant pis pour ceux qui oublient leurs gants et leur parapluie. La pluie glaciale aura raison d'eux. Encore deux jours de température avoisinant le zéro et l'effet de serre sera relégué au rang de mystère. Pourtant le réchauffement de la planète touche tout le monde et les conséquences du dérèglement du climat sont subies par tous, ici et là, qui que l'on soit, sous tous les cieux, quel que soit le lieu. Cy-clones, tsunamis, inondations, sécheresses, raz de marée, aux quatre coins de la planète, les catas-trophes se succèdent, se multiplient. Partout les mêmes images s'affichent sur les téléviseurs, les écrans d'ordinateurs et habillent les unes des journaux. De sordides paysages de désolation, la nature ravagée, des cadavres, des blessées, des survivants le regard vide, le teint livide, encore sous le choc d'un aller-retour en enfer. Qui que l'on soit, où que l'on soit, toujours cette même question récurrente, obsédante. Que se passe-t-il ? Partout, l'Homme est montré du doigt. Seuls des illuminés et leurs cohortes d'admirateurs, suiveurs zélés, inconscients ou satisfaits de se faire déposséder de leur liberté de penser, y voient la main du tout-puissant. Pour eux, il ne fait pas de doute : les catastrophes naturelles sont l'œuvre du Créateur, seigneur en colère contre ses créatures. Des chefs d’État n’hésitent pas à invoquer, à leur tour, le tout-puissant. Ces gouvernants n’ont pas trouvé d’autre solution aux maux de la nation que de demander à leurs administrés de prier dieu de chasser du ciel le soleil. Ils rêvent d’un miracle. C’est vrai que seul un miracle pourrait faire oublier les fonds publics détournés, les abus de biens so-ciaux, les ressources naturelles bradées, l’environnement saccagé, les décisions iniques d’une justice arbitraire, le clanisme, les rêves brisés et les espoirs déçus. © Youssef Jebri, juillet 2008.
Accueil Biographie Bibliographie Le manuscrit d'Hicham (2007) Réflexions clandestines (2007) L'Orient, l'Occident et moi (2008) Mohammed VI, une décennie de règne (2009) Epoque Nous méritons tous de vivre en démocratie Dépolitiser l'islam Femmes Promesses de jeunesse Musulmane(s), musulman(s) L'autre, cet étranger Du soleil et des hommes Etre une femme au Maroc en 2007 Feuilles volantes Le culte de la personnalité et les pharisiens de la monarchie Droit à la parole Un chemin vers la liberté Qui peut ? Années de plomb ou temps présent Le Maroc change Essais pour comprendre Revue de presse Télévision Emissions radio Articles et interviews ContactBienvenue sur le site de l'écrivain Youssef Jebri " Savoir lire et écrire rend libre "
Fuir ou mourir Longtemps présenté comme un havre de paix, Le Maroc vit désormais Dans la peur des attentats Perpétrés au nom d'Allah. C'en est fini de l'époque Où l'on qualifiait le Maroc De pays sans risque terroriste Ni menace islamiste. Bien sûr que la misère, Le chômage, l'absence de foi en l'avenir Et une vie sur terre qui s'apparente à un enfer Poussent certains à se porter candidats au martyre. Forts de leur foi, Ils franchissent le pas. L'abdomen sanglé de TNT, Ils blessent, tuent et meurent en se faisant exploser. Mais ceux-là oublient Que la vie n'a pas de prix Et que si dieu existe, Il réprouve probablement les actes nihilistes. Les kamikazes ne sont pas les seuls à se suicider. Pour signifier leur rejet de cette société Qui demeure toujours favorable aux riches et aux forts, De nombreux autres Marocains se donnent la mort. Des diplômés chômeurs s'immolent, Pendant que quelques-uns Qui refusent que leurs rêves ne s'envolent, Entament des grèves de la faim. Chaque année des milliers de Marocains, Jeunes, vieux, hommes, femmes, sans distinction, Espérant vivre de meilleurs lendemains, Tentent le pari risqué de l'émigration. Avec ou sans visa, ils fuient le pays, Rien ne peut les arrêter, Pas même les barbelés et la Méditerranée. Illusoire moyen de réussir dans la vie : Un Marocain sur dix réside à l'étranger. Sont-ils heureux dans leur nouvelle vie ? Lorsqu'ils croient être arrivés à bon port, Leurs espoirs s'évaporent. Ils deviennent nostalgiques à force de penser au pays. Le racisme et la solitude de l'exil Mettent en péril Leurs aspirations à un nouveau départ. Ils sont partis mais ne sont arrivés nulle part. Kamikaze ou clandestin, Choisis ton chemin ?! Tu veux rester là, alors contente-toi De ce que tu as et tais-toi. © Youssef Jebri, avril 2007.
Les VRP de la démocratie Pour continuer à vendre des avions à réacteurs Et du matériel de guerre aux dictateurs Les vendeurs, des VRP Venus de la Maison blanche ou de l'Élysée N'évoquent jamais, ou alors avec timidité, La situation des droits de l'Homme et des libertés. Il ne faut surtout pas aborder Les sujets qui fâchent, Qui compliquent la tâche, Qui rendent difficile la vente Et qui risquent d'entamer la bonne entente. « Prenons garde de ne pas brusquer M. Le dictateur. Il s'agit d'un bon acheteur. » La santé de l'économie du pays N'a pas de prix. Et tant pis, Si la démocratie Est tancée et priée de s'écarter Devant les intérêts Commerciaux et économiques. Voilà la réalité du discours diplomatique. © Youssef Jebri, juin 2008.
© Youssef Jebri, 2007-2012. Tous droits réservés.