Haut de pageL'autre, cet étranger (novembre 2009)
Cliquez ici pour accéder au texte au format PDF Aucune société ne dispose du monopole de la haine. Dans tous les pays, les immigrés subissent le racisme et la xénophobie. L’autre, cet étranger forcément différent parce que venu de l’autre côte de la frontière, d’un pays, d’une région situés au-delà de la ligne d’horizon, fait peur. Son arrivée sème la terreur. Les plus sombres rumeurs circulent à son sujet. Bien que fondées sur des généralités, écartant tout cas particulier, ces ritournelles sans « conditionnel » deviennent rapidement des vérités absolues, se propagent et forgent les préjugés et les clichés. Comme tous les autres, ce nouvel arrivant, un de trop disent certains tout haut, ce nouvel étranger dans la ville est vil et fainéant, veule et nauséabond. Il est sans âme puisqu’il est polygame et pratique la circoncision et l’excision. C’est bien connu, chez ces « gens-là », la rapine est une seconde nature ; le mensonge, une règle ; la perfidie, une façon d’être et l’hypocrisie, un mode de vie. Certains affirment, à juste titre, que le rejet de l’étranger et sa stigmatisation ne sont pas propres à notre temps. Ils sont présents dans toutes les sociétés, quelle que soit l’époque, quelle que soit la civilisation. Les Romains avaient leurs barbares. Les Arabes ont réduit en esclavage les Noirs parce qu’ils étaient différents. Les puissances coloniales européennes et les États-Unis en ont fait autant. Pendant leur occupation de la Chine, les Japonais considéraient les Chinois comme des sous-hommes et les traitaient guère mieux que des bêtes de somme. Hitler, ses compères et leurs disciples nihilistes étaient convaincus d’appartenir à une race supérieure. La liste est longue. Notre passé, celui de toute l’humanité, foisonne d’exemples de folies meurtrières et d’appels à la négation de l’autre. Comme ses devancières, notre époque, par facilité (il est, en effet, plus difficile d’aimer que de haïr) et par intérêts (quelques malins réussissent toujours à tirer profit de la guerre, des conflits, des situations de crise) a fait le choix de la haine et du rejet d’autrui. Les épisodes sanglants de notre passé récent n’ont pas suffi, n’ont pas permis d’inspirer aux hommes l’envie de vivre ensemble en paix. Le siècle que nous venons de quitter a déposé dévotement ses offrandes devant l’autel de la haine et de la négation de l’autre. Des centaines de millions d’individus ont ainsi été tués, déracinés ou asservis. Les yeux fermés, impudents ou imprudents, habités et guidés par les mêmes sentiments que nos anciens, nous poursuivons dans la même voie. Triste époque, nouveau siècle de guerres, nouveau millénaire où les assassins ne se cachent plus, agissent au grand jour, au nom de la justice – humaine ou divine –, la conscience tranquille et la main ferme. Et personne ne bouge ; tout le monde se tait. © Youssef Jebri, novembre 2009.
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Fuir ou mourir Longtemps présenté comme un havre de paix, Le Maroc vit désormais Dans la peur des attentats Perpétrés au nom d'Allah. C'en est fini de l'époque Où l'on qualifiait le Maroc De pays sans risque terroriste Ni menace islamiste. Bien sûr que la misère, Le chômage, l'absence de foi en l'avenir Et une vie sur terre qui s'apparente à un enfer Poussent certains à se porter candidats au martyre. Forts de leur foi, Ils franchissent le pas. L'abdomen sanglé de TNT, Ils blessent, tuent et meurent en se faisant exploser. Mais ceux-là oublient Que la vie n'a pas de prix Et que si dieu existe, Il réprouve probablement les actes nihilistes. Les kamikazes ne sont pas les seuls à se suicider. Pour signifier leur rejet de cette société Qui demeure toujours favorable aux riches et aux forts, De nombreux autres Marocains se donnent la mort. Des diplômés chômeurs s'immolent, Pendant que quelques-uns Qui refusent que leurs rêves ne s'envolent, Entament des grèves de la faim. Chaque année des milliers de Marocains, Jeunes, vieux, hommes, femmes, sans distinction, Espérant vivre de meilleurs lendemains, Tentent le pari risqué de l'émigration. Avec ou sans visa, ils fuient le pays, Rien ne peut les arrêter, Pas même les barbelés et la Méditerranée. Illusoire moyen de réussir dans la vie : Un Marocain sur dix réside à l'étranger. Sont-ils heureux dans leur nouvelle vie ? Lorsqu'ils croient être arrivés à bon port, Leurs espoirs s'évaporent. Ils deviennent nostalgiques à force de penser au pays. Le racisme et la solitude de l'exil Mettent en péril Leurs aspirations à un nouveau départ. Ils sont partis mais ne sont arrivés nulle part. Kamikaze ou clandestin, Choisis ton chemin ?! Tu veux rester là, alors contente-toi De ce que tu as et tais-toi. © Youssef Jebri, avril 2007.
Les VRP de la démocratie Pour continuer à vendre des avions à réacteurs Et du matériel de guerre aux dictateurs Les vendeurs, des VRP Venus de la Maison blanche ou de l'Élysée N'évoquent jamais, ou alors avec timidité, La situation des droits de l'Homme et des libertés. Il ne faut surtout pas aborder Les sujets qui fâchent, Qui compliquent la tâche, Qui rendent difficile la vente Et qui risquent d'entamer la bonne entente. « Prenons garde de ne pas brusquer M. Le dictateur. Il s'agit d'un bon acheteur. » La santé de l'économie du pays N'a pas de prix. Et tant pis, Si la démocratie Est tancée et priée de s'écarter Devant les intérêts Commerciaux et économiques. Voilà la réalité du discours diplomatique. © Youssef Jebri, juin 2008.
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