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Haut de pagePromesses de jeunesse (mars 2010) Cliquez ici pour accéder au texte au format PDF Nous nous étions fait une promesse et donné rendez-vous en 2010. Y avait-il longtemps de cela ? C’était, il y a près de vingt ans, au début des années quatre-vingt-dix. Nous n’étions pas encore majeurs et passions aux yeux, toujours envieux, des adultes pour des « petits cons ». C’était l’époque de nos « années lycées », de la naïveté et de l’attachement ferme à nos idées. Chacun de nous se croyait chargé de refaire le monde et tous étions formellement convaincus de pouvoir y arriver. Comme les générations qui l’ont précédée et celles qui l’ont suivie, la mienne se languissait de symboles. Aussi, elle crut que la chute du mur de Berlin, la libération de Nelson Mandela et la fin du régime de l’Apartheid constituaient autant de signes avant-coureurs qu’enfin un monde meilleur pouvait être construit ; un monde où la liberté et la justice auraient été les biens les plus partagés par les Hommes et où le recours à la violence et à la haine et la volonté de soumission de l’Autre auraient été refusés par tous, du moins par le plus grand nombre. Pourtant, au même moment, ici et là, des cris et des pleurs déchiraient déjà le ciel, autant d’oraisons funèbres de notre promesse de jeunesse. La première guerre du Golfe débuta et se déroula sous nos yeux, en direct sur nos écrans de télévision. À Srebrenica, dans le silence cette fois, des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants furent massacrés parce qu’ils étaient différents. En Afrique, le cirque de la mort se mit à jouer à guichets fermés. La kalachnikov se refit une seconde jeunesse et la machette coupeuse de têtes et de bras devint l’arme favorite des va-t-en-guerre. Au Rwanda, dans l’indifférence totale, un génocide se produisit. En Algérie, les démocrates, habitués aux exactions du pouvoir en place, virent apparaître de nouveaux ennemis : les islamistes nihilistes. Indignés et révoltés, nous le fûmes probablement tous. Mais nous demeurions convaincus, ingénus ou lâches, qu’un monde meilleur était encore possible et que son avènement dépendait grandement de nous. Cependant, le baccalauréat en poche, chacun prit son chemin d’adulte en devenir ; chacun s’appliqua, avec plus ou moins de soin, à assurer son avenir. Certains eurent la chance de décider de la voie qu’ils voulaient prendre. D’autres, les plus nombreux, n’eurent guère le choix et durent se contenter de la seule route qui s’offrait à eux. Contraints ou librement, beaucoup d’entre nous tournèrent le dos à leurs idéaux et à cette promesse de jeunesse. À défaut de révolution, nos formations achevées, nos cheveux coupés et nos boucles d’oreilles rangées, un métier en poche, nous entrâmes dans la vie active et dans le rang par la même occasion, pour la plupart sans gêne ni peine. Au temps présent, nous voici trentenaires, plus tout à fait jeunes, mais pas encore vieux, déjà nostalgiques de nos vingt ans et de plus en plus envieux de ceux qui les ont aujourd’hui. Matériellement et socialement, beaucoup d’entre nous ont incontestablement réussi leurs vies. Ils ont fondé des familles, eu des enfants et acquis bien évidemment une maison ou un appartement et l’indispensable automobile ; et ceux qui n’y sont pas encore parvenus en rêvent désormais publiquement. Pour la plupart, il n’est plus question de combats à mener, de liberté et de justice pour tous à conquérir, mais de crédits à rembourser, de factures et de traites à régler, de besoins à assouvir et d’envies à satisfaire. À l’endroit de tous ceux – hommes et femmes – à qui cette promesse me liait et qui, pourtant, s’en sont éloignés, je n’éprouve ni rancune ni rancœur. Je n’en veux à aucun d’entre eux, car j’essaye de demeurer fidèle, selon mes qualités et mes infirmités, à une autre promesse de jeunesse qui, le temps passant, est devenue l’engagement de ma vie, me permettant de m’accepter et de vivre tel que je suis au milieu de tous. En effet, je me fais un point d’honneur à ne pas juger mais à essayer de comprendre. Toutefois, je dois avouer que parfois cela m’est bien difficile. Si cette seconde promesse m’est au moins aussi difficile à tenir que la première, c’est qu’en effet nous vivons dans une de ces époques et dans ces sociétés où l’on juge, évalue et compare inlassablement et où faute de temps et par refus de l’effort que cela nécessite, on n’essaye plus de comprendre. Il est tellement plus facile de juger. Depuis fort longtemps, l’émotion est devenue l’unique guide de l’action et le réflexe a supplanté la réflexion. On pérore ; pis, on s’insulte. On ne débat plus, on se « clashe » avec une envie insatiable d’en découdre, le poing ferme et l’œil sombre. Chaque matin, je me remémore ces deux vieilles promesses qui m’aident à me tenir debout, citoyen ou sujet, sans baisser la tête ni baiser les mains et à continuer de croire que nos rêves de jeunesse ne sont pas perdus à jamais. Elles m’aident encore et surtout à poursuivre mon chemin d’homme, d’écrivain et d’artiste, n’occultant ni mes faiblesses, ni mes erreurs, refusant la peur et la terreur et m’efforçant de rompre le silence qui enveloppe et renforce la servitude et l’oppression là où elles opèrent. Partant, elles m’obligent à avouer mon inquiétude ; celle de voir, un jour, les « petits cons » d’hier devenir les « vieux réacs » de demain. © Youssef Jebri, mars 2010.
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Fuir ou mourir Longtemps présenté comme un havre de paix, Le Maroc vit désormais Dans la peur des attentats Perpétrés au nom d'Allah. C'en est fini de l'époque Où l'on qualifiait le Maroc De pays sans risque terroriste Ni menace islamiste. Bien sûr que la misère, Le chômage, l'absence de foi en l'avenir Et une vie sur terre qui s'apparente à un enfer Poussent certains à se porter candidats au martyre. Forts de leur foi, Ils franchissent le pas. L'abdomen sanglé de TNT, Ils blessent, tuent et meurent en se faisant exploser. Mais ceux-là oublient Que la vie n'a pas de prix Et que si dieu existe, Il réprouve probablement les actes nihilistes. Les kamikazes ne sont pas les seuls à se suicider. Pour signifier leur rejet de cette société Qui demeure toujours favorable aux riches et aux forts, De nombreux autres Marocains se donnent la mort. Des diplômés chômeurs s'immolent, Pendant que quelques-uns Qui refusent que leurs rêves ne s'envolent, Entament des grèves de la faim. Chaque année des milliers de Marocains, Jeunes, vieux, hommes, femmes, sans distinction, Espérant vivre de meilleurs lendemains, Tentent le pari risqué de l'émigration. Avec ou sans visa, ils fuient le pays, Rien ne peut les arrêter, Pas même les barbelés et la Méditerranée. Illusoire moyen de réussir dans la vie : Un Marocain sur dix réside à l'étranger. Sont-ils heureux dans leur nouvelle vie ? Lorsqu'ils croient être arrivés à bon port, Leurs espoirs s'évaporent. Ils deviennent nostalgiques à force de penser au pays. Le racisme et la solitude de l'exil Mettent en péril Leurs aspirations à un nouveau départ. Ils sont partis mais ne sont arrivés nulle part. Kamikaze ou clandestin, Choisis ton chemin ?! Tu veux rester là, alors contente-toi De ce que tu as et tais-toi. © Youssef Jebri, avril 2007.
Les VRP de la démocratie Pour continuer à vendre des avions à réacteurs Et du matériel de guerre aux dictateurs Les vendeurs, des VRP Venus de la Maison blanche ou de l'Élysée N'évoquent jamais, ou alors avec timidité, La situation des droits de l'Homme et des libertés. Il ne faut surtout pas aborder Les sujets qui fâchent, Qui compliquent la tâche, Qui rendent difficile la vente Et qui risquent d'entamer la bonne entente. « Prenons garde de ne pas brusquer M. Le dictateur. Il s'agit d'un bon acheteur. » La santé de l'économie du pays N'a pas de prix. Et tant pis, Si la démocratie Est tancée et priée de s'écarter Devant les intérêts Commerciaux et économiques. Voilà la réalité du discours diplomatique. © Youssef Jebri, juin 2008.
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