Haut de pageDépolitiser l'islam (janvier 2011)
Cliquez ici pour accéder au texte au format PDF En Iraq, en Égypte, au Nigéria, des musulmans tuent des chrétiens parce que ceux-ci ne croient pas en Allah. Ailleurs, toujours en terre d’islam, des femmes adultères, des hommes, dont la seule faute est d’aimer d’autres hommes, vivent dans l’attente d’une exécution à mort, parfois par lapidation. Depuis quelques années, certains musulmans tentent, avec toute la violence nécessaire, de nous imposer leur conception sanguinaire et guerrière de l’islam. À travers le monde, ces assassinats provoquent leurs lots d’indignations et de réprobations et les pétitions recueillent nombre de signatures. Chaque fois, de nombreux musulmans dénoncent à leur tour ces assassinats et ces attentats. Mais rien ne change ; ici et là, en terre d’islam, des hommes et des femmes continuent d’être discriminés, assassinés ou condamnés et exécutés parce qu’ils ne croient pas ou plus en Allah. Il est grand temps que cela cesse. Mais comment y parvenir ? « L’islam est politique ou n’est rien » prétendait Khomeiny. Bien qu’il fût – et il demeure – une référence religieuse pour des millions de musulmans, le fondateur de la république islamique d’Iran se trompait. Du moins, sa formule ne se vérifie qu’à moitié. Oui, l’islam est politique ; tout au moins, il l’a toujours été. Prophète conquérant, Mohammed fut le chef militaire et politique de la communauté des fidèles – la umma. À sa mort, le régime du califat fut instauré et perdura pendant des siècles avant d’être aboli officiellement en 1924. Au cours du XXe siècle, au moment des indépendances, à quelques exceptions près, tous les pays où les musulmans étaient majoritaires adoptèrent l’islam comme religion d’État. Dans les pays arabo-musulmans, chaque fois que des élections se déroulent sans trucages et dans la transparence, le parti islamiste local – lorsqu’il est autorisé à y prendre part – l’emporte (le FIS, en décembre 1991, en Algérie ; le Hamas, en janvier 2006, dans les territoires occupés). Bien plus, partout où la constitution fait de l’islam la religion de l’État, rares sont les partis politiques qui n’usent pas, d’une manière ou d’une autre, d’une dialectique islamique. Partant, la justice locale punit l’apostasie, le blasphème, les relations sexuelles hors mariages et l’homosexualité, sans que personne n’y trouve rien à redire. Ainsi, d’aucuns, à l’instar de Khomeiny, soutiennent que la foi musulmane suppose et impose une application politique de ses principes. Pourtant, il n’existe qu’une seule et unique voie pour mettre un terme à ces jugements iniques qui ne laissent aucune place au libre arbitre : dépolitiser l’islam en abrogeant les constitutions. En effet, si l’islam n’était plus la religion d’État en Algérie, au Maroc ou en Égypte, pour ne citer que ces pays, les justices locales, ne se référant plus à la charia, ne condamneraient plus des individus pour blasphème ou non pratique du jeûne pendant le mois du Ramadan. Elles cesseraient alors de prononcer des peines de prison, voire de mort, à l’endroit de femmes adultères ; elles interdiraient probablement également la polygamie. Elles pourraient même un jour – pourquoi pas ? – autoriser le mariage homosexuel. De rétrograde, la justice en terre d’islam deviendrait alors progressiste, bien plus que celle rendue dans certaines démocraties occidentales où des peines capitales continuent d’être prononcées et appliquées, où les mariages homosexuels sont par trop souvent encore interdits et où, au nom de la sécurité, les atteintes aux libertés fondamentales se multiplient. Alors oui, il existerait enfin un islam dépolitisé et les sociétés arabo-musulmanes trouveraient une certaine forme de laïcité. En tant que musulman, c’est l’unique vœu que je formule en ce début d’année 2011. © Youssef Jebri, janvier 2011.
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Fuir ou mourir Longtemps présenté comme un havre de paix, Le Maroc vit désormais Dans la peur des attentats Perpétrés au nom d'Allah. C'en est fini de l'époque Où l'on qualifiait le Maroc De pays sans risque terroriste Ni menace islamiste. Bien sûr que la misère, Le chômage, l'absence de foi en l'avenir Et une vie sur terre qui s'apparente à un enfer Poussent certains à se porter candidats au martyre. Forts de leur foi, Ils franchissent le pas. L'abdomen sanglé de TNT, Ils blessent, tuent et meurent en se faisant exploser. Mais ceux-là oublient Que la vie n'a pas de prix Et que si dieu existe, Il réprouve probablement les actes nihilistes. Les kamikazes ne sont pas les seuls à se suicider. Pour signifier leur rejet de cette société Qui demeure toujours favorable aux riches et aux forts, De nombreux autres Marocains se donnent la mort. Des diplômés chômeurs s'immolent, Pendant que quelques-uns Qui refusent que leurs rêves ne s'envolent, Entament des grèves de la faim. Chaque année des milliers de Marocains, Jeunes, vieux, hommes, femmes, sans distinction, Espérant vivre de meilleurs lendemains, Tentent le pari risqué de l'émigration. Avec ou sans visa, ils fuient le pays, Rien ne peut les arrêter, Pas même les barbelés et la Méditerranée. Illusoire moyen de réussir dans la vie : Un Marocain sur dix réside à l'étranger. Sont-ils heureux dans leur nouvelle vie ? Lorsqu'ils croient être arrivés à bon port, Leurs espoirs s'évaporent. Ils deviennent nostalgiques à force de penser au pays. Le racisme et la solitude de l'exil Mettent en péril Leurs aspirations à un nouveau départ. Ils sont partis mais ne sont arrivés nulle part. Kamikaze ou clandestin, Choisis ton chemin ?! Tu veux rester là, alors contente-toi De ce que tu as et tais-toi. © Youssef Jebri, avril 2007.
Les VRP de la démocratie Pour continuer à vendre des avions à réacteurs Et du matériel de guerre aux dictateurs Les vendeurs, des VRP Venus de la Maison blanche ou de l'Élysée N'évoquent jamais, ou alors avec timidité, La situation des droits de l'Homme et des libertés. Il ne faut surtout pas aborder Les sujets qui fâchent, Qui compliquent la tâche, Qui rendent difficile la vente Et qui risquent d'entamer la bonne entente. « Prenons garde de ne pas brusquer M. Le dictateur. Il s'agit d'un bon acheteur. » La santé de l'économie du pays N'a pas de prix. Et tant pis, Si la démocratie Est tancée et priée de s'écarter Devant les intérêts Commerciaux et économiques. Voilà la réalité du discours diplomatique. © Youssef Jebri, juin 2008.
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