Haut de pageAnnées de plomb ou temps présent (février 2008)
Cliquez ici pour accéder au texte au format PDF Cet individu frappé par ces hommes armés n'est ni un criminel ni un danger public. Pourtant, depuis son arrestation, les coups s'enchaînent. Confronté à ses geôliers, il découvre la cruauté humaine. Il passe la main sur son visage : il saigne ! Horrifié par la vue de son propre sang sur ses mains, il vacille, perd l'équilibre et la notion du temps. « Suis-je là depuis longtemps ? Suis-je en train de rêver ? » Pour se rassurer, il se dit : « Demain, tout ceci sera loin. » En attendant, ses bourreaux poursuivent leur boulot. Sans pitié, ils continuent de le frapper. Pour tenter de mieux encaisser les coups, il se met à genoux. Ce changement de position ne fait guère longtemps diversion. Les gardiens cognent de plus en plus fort. Notre homme ne sent plus son corps. Un coup de barre de fer bien placé finit par le terrasser. Ses hurlements se transforment en râles d'outre-tombe. Quelques secondes plus tard, l'homme succombe. Ce récit est-il inspiré du passé, du temps des années de plomb ou s'agit-il d'une histoire du temps présent ? Pour ceux qui hésitent encore, un exemple en guise de rappel, un appel à la libération immédiate et sans conditions de Fouad Mourtada. (1) Pris en flagrant délit virtuel, Fouad s'est fait rattraper par le réel. S'il n'est pas mort, sa réalité est devenue un cauchemar, ce genre d'histoires que les optimistes, par trop souvent opportunistes, tentent de nous vendre comme appartenant au passé. Alors à tous ceux qui osent prétendre que le Maroc a changé d'époque et que désormais la dignité humaine y est respectée, je voudrais dire : vous vous trompez ou alors vous nous mentez ! Dans les deux cas, dans les faits, rien n'a changé ! (1) Fouad Mourtada a été libéré le 18 mars 2008 sur grâce royale. © Youssef Jebri, février 2008.
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Un homme a parlé Hier, un homme a parlé. Il a osé Décrire et dénoncer Ce que les autres, par peur ou servitude, Intérêts ou habitudes, Essayent d’occulter. Hier, un homme a parlé ; Plus précisément, il a hurlé. Qu’a-t-il dit ? Des vérités ou des mensonges ? Des réalités ou des songes ? Il a juste narré des tranches de vie. Hier, un homme a parlé. En brisant le silence, il a tenu à ne rien cacher. Sans tabous, débarrassé de tout censeur, Affranchi des interdits, il s’est libéré. Prenant soin de ne rien oublier, Il a révélé tout ce qu’il avait sur le cœur. Hier, un homme a parlé Du roi et de la liberté. Il a dit qu’un pays Où les journaux sont mis au pilon Et les libres-penseurs envoyés en prison Etait tout sauf une démocratie. Hier, un homme a parlé, Mais personne n’a semblé l’écouter. Conteur sans auditoire, Oiseau refusant de vivre dans une cage, Marin sans port d’attache, voyageur sans bagages, Il a largué les amarres. Aujourd’hui, cet homme est sorti des mémoires. Toutefois, quelques avertis – bien que rares – S’entêtent à tendre les oreilles et, à force de patience, Réussissent parfois à entendre Sa voix et à comprendre Ses paroles et ses histoires, instantanés de leur [existence. Aujourd’hui comme hier, Aujourd’hui plus qu’hier Le silence et la servitude L’ignorance et la turpitude Ne s’imposent qu’à ceux Qui le veulent… bon gré, malgré eux. © Youssef Jebri, août 2009.
1er mai Quand, au Nord, des syndicats, Pour dénoncer la baisse du pouvoir d’achat Manifestent et organisent une grève générale, Les médias parlent de « conflit social ». Quand, au Sud, ceux qui n’ont plus rien Défilent pour réclamer un bout de pain, Les mêmes qualifient l’évènement d’ « émeute de la faim ». Ainsi, il y aurait des révoltes de civilisés. Et des révoltes d’affamés ! © Youssef Jebri, septembre 2009.
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