http://www.youssef-jebri.com/feuilles_volantes/le_maroc_change/
 
Haut de pageLe Maroc change ! (juin 2007) Cliquez ici pour accéder au texte au format PDF « Le Maroc change ! » Depuis quelque temps, cette formule qui ressemble étrangement à un slogan de campagne électorale est sur toutes les lèvres. Le gouvernement et les autorités du pays l'utilisent sans cesse. Selon eux, grâce à l'avènement du nouveau millénaire et le changement de monarque, le Maroc serait entré de plain-pied dans la modernité. Les experts internationaux usent également sans modération de cette affirmation. Chaque fois qu'ils sont interrogés, ils n'hésitent pas à déclarer que le progrès répand désormais ses bienfaits sur l'ensemble du pays. Dès lors, l'information se propage dans toutes les rédactions. Repris avec empressement par la presse et les médias, relayé et diffusé à toute la planète via Internet, ce slogan est en passe de devenir une vérité absolue. Oui, le Maroc change. Pêle-mêle, Abdallah Taïa révèle et assume ses préférences sexuelles ; Hassan II n'est plus ; les exilés politiques sont revenus ; Driss Basri est parti, malheureusement Driss Benzekri aussi. Bigg chante ; les sat et les satates ont enfin trouvé leur porte-voix. Les plus aisés n'ont plus besoin de quémander un visa pour pouvoir s'habiller en Zara ou en Dolce Gabbana . Dorénavant les boutiques de Derb Ghallef et Bab M'rrak'ch doivent faire face à la concurrence des grandes surfaces. Les hypermarchés et les supérettes poussent comme des champignons. Bien qu'il en fasse les frais, l'épicier du quartier ne pense pas pour autant que le pays ait changé. S'il pouvait exprimer son opinion sans crainte des conséquences, il dirait : « Daqchi ghir kdoub ! Ce ne sont que des mensonges ! » Mis en confiance, il s'aventurerait à la confidence suivante : « Ma clientèle m'est fidèle car je continue à lui vendre à crédit, condition de la survie de mon commerce. » L'épicier sait que le pouvoir d'achat, malgré les dires des agents de l'État, n'a guère évolué. En réalité, il faudrait porter des œillères pour ne pas voir tant de misère criante, d'inégalités sociales flagrantes et d'injustices évidentes. À moins de mentir, personne ne peut déclarer que l'essentiel n'est plus pareil. Pendant que la justice incarcère des citoyens pour outrage à la personne du roi, alors que la police frappe et arrête systématiquement les participants aux manifestations, la RTM, même devenue Al Aouela , continue d'ouvrir invariablement ces journaux d'informations sur les activités royales. Les réceptions et les inaugurations en lieu et place de l'information sonnent comme des airs de déjà vus. Comme cet air déjà entendu, devenu une idée convenue : la pratique de la torture est largement répandue dans les prisons et les commissariats du pays. Qui a dit que les autorités marocaines étaient soupçonnées de participer au programme américain de transferts illégaux de prisonniers ? La communauté internationale semble outrée que l'administration américaine ait transféré des détenus vers des prisons marocaines. Sinistre réalité ! Le Maroc est toujours considéré comme un pays où les services de sécurité pratiquent la torture. « Youtube censuré ? ! » Ceux qui croient ou qui prétendent croire que le Maroc change mettent sur le compte des vieilles habitudes toute atteinte aux libertés fondamentales. Ils expliquent qu'il est difficile de changer les mentalités. Ils tentent de démontrer combien les réflexes du passé, dont eux aussi affirment vouloir se débarrasser, sont ancrés dans la société. Ils oublient qu'à force de se répéter, les réflexes finissent par devenir des habitudes. Chaque année, la justice prononce des interdictions de parution et condamne des journalistes à des peines de prison. Les plus optimistes, ceux qui ne perdent pas espoir et persistent à croire en des jours meilleurs, y voient une embellie quand les peines prononcées sont assorties de sursis. Bien maigre consolation ! Chaque année, des milliers de Marocains prennent les chemins, parfois illégaux, de l'émigration. Pourtant, plus personne ne présente le Maroc comme un pays pourvoyeur de migrants. A l'étranger, le royaume est désormais considéré comme un pays de transit. Pourtant, 2007 n'échappera pas à la règle. Le retour massif des Marocains résidents à l'étranger lors de la période estivale attisera les envies de départs de ceux nombreux qui ne se voient plus vivre chez eux. Au bout du compte, un changement majeur s'opère : à défaut d'éclaircie, le ciel s'assombrit. Les petits métiers – porteurs de précarité – se développent. Le système D et la solidarité pour échapper à la pauvreté demeurent les seules solutions pour lutter contre la paupérisation. Pis, des diplômés bac + 2 et même +4 finissent opérateurs téléphoniques dans des centrales d'appels. Des fous furieux belliqueux qui affirment agir au nom de Dieu ont fait leur apparition. Ils sont entrés en scène et promettent la géhenne à tous ceux qui ne pensent pas comme eux. En attendant de se retrouver là-haut, à défaut d'agir en héros, ils organisent des attentats et sèment la mort ici-bas. Allah si tu leur pardonne, je ne pourrais plus croire en toi. Oui le Maroc change ! © Youssef Jebri, juin 2007.
Accueil Biographie Bibliographie Le manuscrit d'Hicham (2007) Réflexions clandestines (2007) L'Orient, l'Occident et moi (2008) Mohammed VI, une décennie de règne (2009) Epoque Nous méritons tous de vivre en démocratie Dépolitiser l'islam Femmes Promesses de jeunesse Musulmane(s), musulman(s) L'autre, cet étranger Du soleil et des hommes Etre une femme au Maroc en 2007 Feuilles volantes Le culte de la personnalité et les pharisiens de la monarchie Droit à la parole Un chemin vers la liberté Qui peut ? Années de plomb ou temps présent Le Maroc change Essais pour comprendre Revue de presse Télévision Emissions radio Articles et interviews ContactBienvenue sur le site de l'écrivain Youssef Jebri " Savoir lire et écrire rend libre "
Un homme a parlé Hier, un homme a parlé. Il a osé Décrire et dénoncer Ce que les autres, par peur ou servitude, Intérêts ou habitudes, Essayent d’occulter. Hier, un homme a parlé ; Plus précisément, il a hurlé. Qu’a-t-il dit ? Des vérités ou des mensonges ? Des réalités ou des songes ? Il a juste narré des tranches de vie. Hier, un homme a parlé. En brisant le silence, il a tenu à ne rien cacher. Sans tabous, débarrassé de tout censeur, Affranchi des interdits, il s’est libéré. Prenant soin de ne rien oublier, Il a révélé tout ce qu’il avait sur le cœur. Hier, un homme a parlé Du roi et de la liberté. Il a dit qu’un pays Où les journaux sont mis au pilon Et les libres-penseurs envoyés en prison Etait tout sauf une démocratie. Hier, un homme a parlé, Mais personne n’a semblé l’écouter. Conteur sans auditoire, Oiseau refusant de vivre dans une cage, Marin sans port d’attache, voyageur sans bagages, Il a largué les amarres. Aujourd’hui, cet homme est sorti des mémoires. Toutefois, quelques avertis – bien que rares – S’entêtent à tendre les oreilles et, à force de patience, Réussissent parfois à entendre Sa voix et à comprendre Ses paroles et ses histoires, instantanés de leur [existence. Aujourd’hui comme hier, Aujourd’hui plus qu’hier Le silence et la servitude L’ignorance et la turpitude Ne s’imposent qu’à ceux Qui le veulent… bon gré, malgré eux. © Youssef Jebri, août 2009.
1er mai Quand, au Nord, des syndicats, Pour dénoncer la baisse du pouvoir d’achat Manifestent et organisent une grève générale, Les médias parlent de « conflit social ». Quand, au Sud, ceux qui n’ont plus rien Défilent pour réclamer un bout de pain, Les mêmes qualifient l’évènement d’ « émeute de la faim ». Ainsi, il y aurait des révoltes de civilisés. Et des révoltes d’affamés ! © Youssef Jebri, septembre 2009.
© Youssef Jebri, 2007-2012. Tous droits réservés.